Des agents de la GRC distribuent des «Contraventions positives»

Des agents de la GRC distribuent des «Contraventions positives»

Dimanche 14 décembre 2008

«Contraventions positives»

A Richmond, en Colombie-Britanique, les agents de la GRC font de la planche à roulettes et distribuent des contaventions  «positives» L’agent David Edge arrête sa voiture de patrouille près de trois jeunes planchistes. Les ados mettent pied à terre et se rassemblent, épaules tendues, yeux baissés. «Eh! ça fait plaisir de vous voir ici! » leur lance le policier de l’unité jeunesse de la Gendarmerie royale du Canada. Les garçons sont étonnés de cette entrée en matière. Ils se regardent, essaient de comprendre ce qu’ils ont bien pu faire de mal. «Je suis heureux de voir que vous portez vos casques », poursuit le policier.

Un des jeunes semble complètement abasourdi. David leur distribue des billets, qu’ils pourront utiliser pour aller au cinéma, acheter une pizza ou une gâterie. Il les remercie de pratiquer leur sport dans un endroit approprié, tout en portant un casque protecteur. Pendant cinq minutes, le policier et les ados parlent planches à roulettes, se refilent des tuyaux sur les endroits où l’on trouve les meilleures pistes. David leur demande leurs noms, quelles écoles ils fréquentent. «C’est peut-être le premier contact agréable que ces jeunes n’ont jamais eu avec la police» dit-il 

Pour un enfant de six ans, un agent de la GRC est peut-être un héros mais, quelques années plus tard, la relation entre jeunes et policiers se transforme «Nous devenons l’ennemi», explique Ward Clapham, de la GRC de Richmond, en Colombie-Britannique. Selon lui, les jeunes font des bêtises en partie parce qu’ils perdent tout sens d’appartenance à la communauté.

Pour contrer cette tendance, Ward et ses collègues lancent en 2001 les contraventions positives », que la police distribue aux jeunes en récompense  de leurs bons coups. Ils peuvent les échanger contre des boissons gazeuse, des hamburgers … Un an plus tard, les autorités municipales et les entreprises locales se mettent de la partie. Aujourd’hui, la GRC distribue aussi des contraventions» donnant le droit de participer à des activités de loisir comme la natation, les quilles ou le patinage.

A Hamilton, un des quartiers les plus reculés de Richmond, les installations récréatives sont trop éloignées pour servir au programme. La policière Brook Byam s’est donc entendue avec le restaurateur Ravinder Bedi pour offrir aux jeunes 250 bons pour une pizza. «Il faut leur montrer qu’on tient à eux comme à nos propres enfants », confie ce dernier.

Les policiers distribuent maintenant jusqu’à 40 000 contraventions positives par année aux jeunes qu’ils «interpellent» pour bon comportement, porter son casque en vélo, utiliser le passage pour piétons, ne pas manquer l’école … Le programme, combiné à d’autres actions semblables, a coïncidé avec une baisse de 41% de la criminalité juvénile à Richmond. Un millier d’adolescents se sont ainsi évité des ennuis avec la police.

La composition démographique de Richmond pose un défi particulier: 57% des 185 000 résidants de la ville sont des immigrés, et certaines familles viennent de pays où les enfants apprennent très tôt à se méfier de la police. Une méfiance parfois réciproque. «Il peut être assez intimidant de s’approcher d’un groupe de jeunes, dit David Edge. Je me sens mieux si j’arrive avec des cadeaux.»

A force d’essayer de débusquer des ados en train de faire des mauvais coups, on finit par ne rien voir d’autre, explique le policier. Mais la perspective change dès que vous commencez à repérer ceux qui se comportent bien. «J’ai découvert des jeunes tout à fait fantastiques », résume-t-il.

Criminaliste à l’université de l’Alberta, Bryan Hogeveen vante ce type de programme parce qu’il donne aux policiers l’occasion de se débarrasser de certains préjugés. Les jeunes commencent à faire confiance à la police qui, en retour, se fait une image plus positive d’eux. Le but premier n’est pas de réduire la criminalité, explique Bryan Hogeveen. «Tant mieux si cela se produit, mais il s’agit avant tout d’améliorer l’opinion que jeunes et policiers se font les uns des autres. »
 
Les contraventions positives éloignent les jeunes des points «chauds» où ils ont l’habitude de flâner et leur donnent l’occasion d’être actifs, résume Brook Byam. «Ils apprennent rapidement ce qu’ils peuvent faire et où ils peuvent le faire », dit-elle. Le programme ne vise pas à «acheter» le bon comportement des ados. «C’est le catalyseur d’une relation meilleure.»

Devant le petit centre communautaire de Hamilton, Brook arrête sa voiture de patrouille devant deux garçons qui se promènent avec des médailles au cou. Jacob et Hailey Castro expliquent qu’ils les ont reçues pour avoir réussi un programme de lecture.
«C’est important, la lecture, leur dit la policière. Vous pouvez être fiers de vous. »

Micky, la mère des enfants, rayonne lorsque Brook leur donne des «contraventions pour lecture ». Selon elle, l’attitude plus positive de la police a contribué à assainir l’ambiance du quartier. «Les jeunes savent que Brook est ici, dit-elle. Ils évitent de faire du grabuge dans le parc.»

A l’école secondaire Cambie, l’heure est venue pour les élèves de rentrer à la maison. Quand Jason Lee, 16 an et son ami Eric aperçoivent David Edge, le second met rapidement son cas de vélo – sachant que le policier donne souvent des contraventions positif, pour ce geste. Les trois plaisantent au sujet des efforts d’Eric, puis parle un peu de l’école. Le policier les étonne avec des contraventions pour « politesse ». «C’est un chic type, dit Jason. Il se souvient toujours de nous.»

David Edge explique qu’il est impossible de dire si une intervention particulière peut avoir un effet important sur la vie d’un enfant. Mais Catterina Rios affirme que oui. Elle était en secondaire quand David a changé sa perception de la police. «Il n’étal: pas du genre sévère, dit-elle. C’était un homme sympathique, accessible.» Aujourd’hui étudiante en criminologie. Catterina, 20 ans, raconte que David l’a aidée à se joindre au personnel auxiliaire de la GRC. «Je ne m’étais jamais: imaginé qu’un agent pourrait s’intéresser à ma carrière, dit-elle. Ça m’a beaucoup encouragée.»

David explique de son côté que faire la connaissance de jeunes comme Catterina l’a lui-même transformé. Il a été amené à voir les comportements positifs dont les jeunes font preuve tous: les jours – du bénévolat à la simple politesse.
«Ils me donnent de l’espoir pour l’avenir », conclut-il.

Les policiers devraient-ils adopter des stratégies de ce type dans des quartiers « chauds» comme Montréal-Nord? 

Titre de l’article: Bons cops, bons coupsDes agents qui font de la planche à roulettes et distribuent des récompenses? Oui, ça existe au Canada. Et les jeunes en redemandent!

Source : Article écrit par Diane Selkirk dans le SélectionReader’s Digest décembre 2008 version papier

Site de la Gendarmerie Royale du Canada

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